XXe Congrès Interconfessionnel et International des Religieux du 24 au 29 août 2017 : « Comment la vie religieuse peut-elle contribuer au renouveau de l’Eglise ? »

Ce XXe congrès du CIIR s’est tenu en Bavière au sommet du Schwanberg, belle colline plantée de vignobles, nous rappelant ce verset de Jean 15, 5 : « Je suis la Vigne et vous êtes les sarments, celui qui demeure en moi et moi en lui porte beaucoup de fruit ».DSC_0147

Comme Jésus retiré sur la montagne pour prier, au sommet de cette colline, la communauté luthérienne des sœurs de Casteller Ring, fondée dans les années 50, prie et travaille en suivant la règle de Saint Benoît. Elles nous ont magnifiquement reçus dans le château qui tient lieu d’hôtellerie. Durant ces 5 jours de rencontre, elles nous ont portés par leur belle liturgie chantée en allemand sur les mélodies grégoriennes.DSC_0396

De cette prière partagée entre religieux et religieuses de toutes nations (Allemagne, Autriche, Tchéquie, Angleterre, Suède, Belgique, France, Espagne, Suisse, Italie, Grèce, Malte, Australie, Inde, Etats-Unis) l’Esprit est venu féconder Bénédictionnos rencontres et nos échanges.

L’Eucharistie ou la Sainte Cène, célébration primordiale de chaque jour, ont été célébrées selon nos différentes traditions : protestante, anglicane et catholique. La joie profonde du Christ qui se donne en nourriture pour notre salut vient alors se mêler à la grande souffrance de ne pouvoir le partager pleinement.

 

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Le thème du congrès, en lien avec le 500e anniversaire de la réforme, était « comment la vie religieuse  peut-elle contribuer au renouveau de l’Eglise ? ». Chaque demi-journée se partageait entre oraison, office divin, conférence et échanges en petits groupes selon les langues.

Sister AdelheidDès le premier jour sœur Adelheid de la communauté luthérienne du Kloster Wilfinghausen a illustré le thème en croisant les pensées des deux contemporains que sont Martin Luther et Ignace de Loyola, deux figures emblématiques de la Réforme et la Contre-Réforme. Heureuse rencontre au XXI e siècle de deux mondes restés opposés dans les siècles précédents. Mus tous deux par l’expérience forte de la grâce et de la miséricorde de Dieu pour eux, ils ont eu le désir de réformer l’Eglise de l’intérieur. Sœur Adelheid a alors détaillé quelques points communs de leurs écrits qui peuvent nous éclairer pour le renouveau de l’Eglise aujourd’hui : prière et silence, enseignement et accompagnement spirituel, amour des pauvres et obéissance au Christ et à sa Parole.

Cette conférence était un aperçu d’un travail plus vaste qu’elle a partagé avec Christiane Brendel et qui a fait l’objet d’une publication récente DSC_0193

« Martin Luther und Ignatius von Loyola », Ed. Echter 2017.

 

DSC_0239Le Père Conrad Scibberras, missionnaire de Saint Paul et membre du secrétariat pour la vie consacrée au Vatican, a donné dans un exposé clair et concis l’apport de la vie consacrée à l’Eglise catholique. Rappelant d’emblée que cet apport est plus de l’ordre de l’être que du faire. Des différents points qu’il a développés, celui de la communion a été particulièrement relevé dans les groupes de partage comme témoignage fondamental dans notre monde contemporain : communion entre frères et sœurs, entre com-munautés, entre Eglises à l’image de la première communauté de Jérusalem ayant un seul cœur et une seule âme en Dieu (Ac. 4 ,32).

Dans le cadre de la journée de visite à Würzburg, Sœur Anna-Maria, prieure de la communauté Christusbruderschaft à Selbitz, a donné sa conférence dans les locaux d’une église libre heureuse de nous accueillir. Un beau signe de communion avec ces communautés multiples qui se développent et que nos graDSC_0352ndes Eglises ne connaissent pas beaucoup. Avec une résonance particulière en ce lieu de prière évangélique, Sœur Anna-Maria nous a invités à nous laisser interpeller pour entendre ce que l’Esprit dit à nos communautés en dialogue avec notre monde en mutation. Elle a ainsi repris les grandes lignes d’une vie religieuse authentique à revivifier dans l’Esprit : Interroger les racines de nos ordres jusqu’à l’Evangile lui-même, mettant en pratique l’unique commandement « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et ton prochain comme toi-même. » (Mc. 12,30-31). Prière, silence, vie fraternelle sont des espaces que nous pouvons offrir à nos contemporains en quête de vie spirituelle.

Frère JacobLa dernière conférence donnait la parole au frère Jacob, de la communauté anglicane de la Résurrection. Son intervention un peu provocatrice suscita un débat intéressant. Son regard critique posait la question de la perte de tradition dans son Eglise, d’une théologie parfois moralisatrice et pas suffisamment ancrée dans la contemplation de Dieu. Il appelait nos communautés à garder une tradition vivante pour remédier à l’absence ou, à l’opposé, à la radicalisation de la tradition.

Comme nous le rappelait le frère Nicolas Stebbing, président du CIIR, à la suite du fondateur, le père Zabala, qui parlait « d’unité par l’amitié », le congrès n’est pas d’abord un lieu de formation, mais aussi de rencontre, de connaissance mutuelle et de prière partagée. Ainsi, le quatrième jour a été consacré au silence et à la prière. Il fallait oser le faire dans un tel congrès, un jour sur cinq pour se taire et prier ensemble… et ce fut une très belle expérience. En solitude, nous avons écouté ce que Dieu dit aux Eglises et prié pour l’unité. En partageant le repas en silence nous avons appris à nous connaître autrement.

S. RuthCette journée a été ponctuée par trois méditations.

 

Sœur Ruth, prieure de notre monastère d’accueil, nous a fait approfondir le sens du mot latin « sapere », goûter.

Soeur PaulaSœur Paula, bénédictine catholique, nous entraina dans sa louange, comparant notre démarche d’unité dans sa diversité à un orchestre où chacun doit jouer sa note personnelle et irremplaçable pour contribuer à la beauté finale de la symphonie. Elle nous invitait à entrer dans l’attitude de la Vierge Marie qui « s’est toujours laissé agir par l’Esprit-Saint. ».

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Enfin, sœur Gina, franciscaine anglicane, nous fit entrer dans une démarche profonde de réconciliation à partir de l’icône de la Trinité de Roublev.

 

Cette journée de silence se conclut dans la joie et l’amitié par le barbecue offert et partagé avec les sœurs qui nous accueillaient.

 

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Le point d’orgue fut posé par nos sœurs orthodoxes grecques du monastère Saint Georges de Karaiskaki, leur liturgie nous menant à la paix et au silence de la nuit.

 

La connaissance mutuelle a pu s’exercer tout au long de la journée de visite à Würzburg. KilianCette cité a été évangélisée par les moines irlandais Kilian, Colman et Totnan martyrisés en 865, époque où l’Eglise était encore une. Nous avons été prier pour l’unité de nos églises dans la crypte de la cathédrale Saint Kilian où ils reposent. Un moment fort.

La ville fut régie ensuite par les princes-évêques qui jouissaient d’un grand pouvoir. A l’époque de Louis XIV, l’un d’entre eux se fit construire un petit Versailles au cœur de la ville, premier édifice de notre visite guidée.

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Würzburg fut aussi une des premières grandes universités d’Allemagne. Sauvagement bombardée 5 jours avant la fin de la guerre, elle est presque entièrement reconstruite. Du pont sur le Main qui traverse la ville nous avons aperçu l’ancien château fortifié sur l’autre rive, le port et les vignobles qui ont assuré la prospérité de la ville.DSC_0302

Après le pique-nique, nous sommes allés à la rencontre des religieux et religieuses de la région à Vinyard, l’Eglise libre dont nous avons parlé. Puis nous avons continué à découvrir l’Eglise locale lors de la belle eucharistie célébrée par l’Evêque catholique du lieu, monseigneur Friedhelm Hofmann.

Pour conclure, la soirée festive fut dédiée au frère Nicolas qui après 20 ans s’apprête à quitter la présidence du CIIR, ainsi qu’à sœur Mirjam Zahn qui l’a merveilleusement secondé durant toutes ces années, nous confiant que ce travail pour l’unité était pour elle « un appel dans l’appel ». Avec frère Jean de Chèvetogne, qui s’est aussi retiré, le comité organisateur va se renouveler.

Que la jeunesse bien présente lors de ce congrès et prête à s’investir soit le plus beau merci à vous qui avez porté ces rencontres et transmis le feu de votre désir : « qu’ils soient un comme nous sommes Un afin que le monde croie. »

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